Kosovo, Abkhazie et Ossétie du Sud, même combat?

August 27th, 2008

Georgie Abkhazie Ossetie du SudLes russes justifient la reconnaissance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud notamment par le précédent de l’indépendance du Kosovo reconnu par les occidentaux. Les européens, quand à eux, invoquent ce même droit international pour s’opposer à ce que la Géorgie soit amputée d’une partie de son territoire. Quand est-il exactement ? Quelles sont véritablement les normes internationales à ce sujet ? Dans une interview accordée à la première chaîne TV allemande ARD, Monsieur Otto Luchterhandt, professeur de droit international public et spécialiste du droit des pays de l’ex URSS, nous apporte un éclairage sur l’aspect légal de cette affaire:

Journaliste: La Russie vient de reconnaître l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Qu’en pensez-vous?

O. Luchterhandt: Cette reconnaissance est une décision souveraine de la Russie. Si la Russie est de l’opinion que l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ont la capacité et la vocation à être des États, c’est sa responsabilité propre. Je vois pourtant des différences entre ces deux sujets: l’indépendance de l’Abkhazie est compréhensible car la situation est comparable avec ce qu’elle était au Kosovo… ceci n’est absolument pas le cas de l’Ossétie du Sud, dont la reconnaissance me parait contraire au droit.

Journaliste: Quelle sont les différences entre les cas du Kosovo, de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud?

O. Luchterhandt: L’aspect du droit international auquel il convient de répondre est la question si ces 3 entités sont des États. Un État doit satisfaire à trois critères:
1) L’existence d’un territoire national
2) Une population nationale
3) Une structure politique en mesure d’administrer le territoire
Le troisième point pose problème dans le cas du Kosovo en raison de la tutelle de l’ONU. De ce point de vu, la reconnaissance du Kosovo était légalement problématique.

Journaliste: Il n’était donc pas correct de reconnaître le Kosovo?

O. Luchterhandt: On peut effectivement voir cela comme ça, il y a cependant une marge d’interprétation: le Kosovo peut, d’une certaine manière, justifier de structures étatiques même si celles-ci sont limitées par le mandat onusien. D’autres part, les kosovars se sont administrés eux-mêmes entre 1988 et 1998… et ce de manière tout à fait pacifique. La reconnaissance du Kosovo est donc aussi l’aboutissement d’une longue lutte du peuple pour son indépendance. Mon point de vu personnel est donc que la reconnaissance du Kosovo n’était pas contraire au droit.

Journaliste: Retournons à l’Abkhazie et à l’Ossétie du Sud : peut-on considérer qu’il s’agisse de deux États?

O. Luchterhandt: Dans le cas de l’Abkhazie, les similitudes avec le Kosovo sont réelles : l’ONU est présente avec des observateurs et des forces de maintien de la paix russes sont présentes en accord avec l’ONU. Cela ne limite pourtant pas la souveraineté de l’Abkhazie. On peut considérer que l’Abkhazie a les caractéristiques d’un État. Concernant l’Ossétie du Sud j’ai de grands doutes : la présence russe est si forte que l’on ne peut pas parler d’une administration du territoire indépendante ou souveraine… d’autres part les nombreux villages géorgiens font que la population est loin d’être homogène. L’Ossétie du Sud ne satisfait donc pas aux critères d’un État national.

Journaliste: Existe-t-il un «droit à la scission»?

O. Luchterhandt: Oui mais cela est très encadré. Il faut notamment qu’il n’y ait plus aucune possibilité d’une cohabitation (pacifique). Dans le cas de l’Abkhazie il a des arguments importants qui plaident pour cette situation. Ce n’est pas le cas en Ossétie du Sud.

Journaliste: Pourquoi l’Abkhazie devrait avoir ce droit à l’indépendance?

O. Luchterhandt: En juillet 1992 des miliciens géorgiens ont attaqué l’Abkhazie. Les 250′000 géorgiens qui vivaient à cette époque en Abkhazie ont alors voulu soutenir ces miliciens et s’en sont pris à leurs voisins abkhazes en commentant toutes sortes de crimes de guerres. Par crainte de vengeance, les géorgiens ont fini par fuir mais depuis cet épisode il n’existe plus de base à une vie commune des deux peuples. Au Kosovo la situation était comparable durant la présidence Milosevic. Le conseil de sécurité de l’ONU a reconnu en 1998 (d’ailleurs avec les voix russes) que le régime Milosevic était coupable de nettoyage ethnique au Kosovo. L’ Ossétie du Sud n’a, quand à elle, jamais connu ce type de conflit.

Traduction: David Puls (Source : ARD Tagesschau)

Problème de poids à la Bundeswehr

March 6th, 2008

Le rapporteur en charge de la défense auprès du Bundestag allemand est venu jeter un pavé dans la mare il y quelques jours en pointant l’état physique, semble t-il, assez lamentable des soldats de la Bundeswehr. Qu’on en juge : 40% sont en surpoids (moyenne nationale: 35%), 8,5% sont obèses, 20% ne pratiquent jamais de sport, 27% ne font du sport que très rarement et + de 70% sont fumeurs. Si une armée de conscription est généralement à l’image de la population, il convient de noter que les conscrits passent plus de temps à faire de la paperasse que de l’entraînement à des missions de défense. Le rapporteur Reinhold Robbe évoque notamment les équipements cassés et surtout les règlements kafkaïens qui occupent la vie quotidienne des soldats. Même en Afghanistan, tout modification de véhicule (par exemple pour renforcer les blindages) doit être homologuées. Bien entendu, toutes les ordures sont triées et réimportées en Allemagne afin de garantir un recyclage dans les règles! Espérons que ce rapport contribue à une prise de conscience d’un pays qui agit au sein de l’OTAN en freinant des deux pieds et qui ne consacre à sa défense guère plus de 1% de son PIB. Plus généralement, cela pourrait remettre sur la table les projets pour une professionnalisation des armées… concept qui a prouvé sa supériorité non seulement chez les voisins français mais aussi au sein de certaines unités spéciales tel que le KSK.

(Voir le rapport)

David Puls (Source: Die Welt)

EDF inquiète les écossais

February 25th, 2008

Le gouvernement écossais a exprimé son inquiétude concernant une éventuelle entrée d’EDF dans le capital d’Iberdrola, entreprise espagnole propriétaire du groupe Scottish Power. En raison du manque de concurrence en Ecosse sur le marché de l’énergie, les politiques craignent une flambée des prix, notamment en période de hausse des matières premières. Il est cependant intéressant de noter qu’Iberodrola est un spécialiste de l’Eolien et que Scottish Power est également très présent sur le secteur des énergies renouvelables. Vu de France, on peut également s’interroger sur la stratégie d’EDF dans cette affaire : s’agit-il simplement de grandir à l’étranger en diversifiant les risques, d’acquérir de nouvelles technologies …ou de contrôler des technologies alternatives en faveur du nucléaire?

David Puls (Source : El Pais)

Le cauchemar de Ben Laden

February 12th, 2008

L’auteur égyptien Yusuf Ibrahim disait dernièrement que durant des décennies, les pèlerins sont allés en Iran, en Irak et en Arabie Saoudite pour en ramener des idées radicales et des voiles pour leurs femmes… à présent, ils viennent dans les émirats du Golfe Persique et en rapportent de la lingerie, des jeans et des opportunités d’affaires. A en croire les chiffres mais aussi les indicateurs plus larges du développement humains (éducation, culture, recherche, etc…), les Emirats Arabe Unis mais aussi Oman, le Qatar et Bahreïn sont véritablement en train de devenir les grands gagnants et la plaque tournante de la mondialisation. Pas un mois ne se passe sans que ne soit présenté un nouveau projet pharaonique… et pas seulement des centres commerciaux. Bien au-delà des clichés à la Disneyland, le Spiegel de cette semaine, nous présente un monde en plein bouleversement qui semble vivre dans une frénésie époustouflante. Si les mégaprojets immobiliers sont la partie la plus visible de cette success-story orientale, la véritable révolution se passe probablement dans le domaine culturel. Les coopérations avec des grands musées occidentaux ont eu un certain retentissement mais on parle moins des galeries d’art et des sujets extrêmement polémiques qui y sont traités… nous somme vraiment très loin du rigorisme des grands voisins que sont l’Iran et l’Arabie Saoudite. On a pu voir, par exemple à la galerie The Third Line un Snoopy affibulé d’une barbe de taliban et d’une Kalachnikov, un poing américain gravé d’un «Allah Akbar» ou encore de scènes de copulation entre Bush et Ben Laden… le fait que des artistes ne risquent plus leur vie avec des sujets pareils est vraiment un signe d’ouverture.

David Puls (Source : Der Spiegel)

Faut-il se rendre au Kenya?

February 10th, 2008

Le grand quotidien de Zurich publie ces jours ci, le récit de voyage de son envoyé spécial au Kenya. Lauteur revient sur la crise actuelle et notamment sur ses effets désastreux sur le tourisme. Prenant lexemple du parc du Masai Mara, on estime actuellement le remplissage des capacités dhébergement à environ 3%. Beaucoup de «lodges» ont commencé à renvoyer les employés chez eux et cela ne devrait être quun début si le calme ne revient pas rapidement. Comme dhabitude, dans ces cas là, se pose la question de savoir comment se comporter en tant que touriste : des vacances, chères payées, doivent avant tout, être un plaisir et ne saccommodent ni de la misère, ni du danger. Reste également la question étique : faut-il soutenir un régime qui manifestement est coupable de fraude électorale, en apportant des devises ou faut-il au contraire, soutenir les nombreux kenyans qui vivent du tourisme afin déviter au pays de plonger dans la misère et daugmenter ainsi les tensions? Sans prendre vraiment position, lauteur semble plutôt pencher vers une position de principe et fait remarquer que dautres destinations offrent actuellement de meilleures garanties. Pour avoir vécu et travaillé dans ce pays, je pense au contraire que cest LE moment pour se rendre au Kenya et profiter de ses merveilleux paysages, ceci pour trois raisons principales:

- Très peu de monde dans les parcs nationaux
- Baisse de prix dans l’hôtellerie
- Soutient économique aux populations

De plus :
- Les violences sont assez localisées et très éloignées des zones touristiques.
- Aucun acteur des évènements n’a intérêt à faire fuir les étrangers.
- Les violences ne sont pas le fait de milices lourdement armées et motorisées mais de groupes de citadins vaguement équipés darmes blanches: aucune chance de les voir débarquer au milieu des buffles et des grands fauves… ou dans des stations balnéaires à lautre bout du pays.

David Puls (Source: NZZ)

L’Allemagne sort du rouge

January 15th, 2008

Pour la première fois depuis 1969, l’Allemagne a présenté en 2007 un budget à l’équilibre. Cette situation, bien qu’attendue, est tout de même sensationnels pour la plupart des décideurs d’Outre-rhin qui n’avaient, pour la plupart, jamais vu ça. Cette bonne santé de notre voisin est riche d’enseignements pour nous à plusieurs égards: alors que nous avons toujours essayé d’utiliser la demande intérieure comme moteur de notre économie et que nous sommes si prompts à vilipender l’Euro fort, l’Allemagne est allé chercher sa croissance (2,5 % en 2007) comme d’habitude à l’export (+ 8,9%)… au prix fort en Euro. Dans un même temps, la consommation a baissé de 0,3% ce qui prouve bien une déconnection entre demande intérieure et croissance. Il parait également intéressant de noter que les investissement des PME allemandes ont augmenté de manière importante… la corrélation ici parait évidente, tant il est vrai qu’on regarde moins le prix lorsqu’un produit est vraiment innovant.

David Puls (Source : Der Spiegel)

Les pires aéroports du Monde

January 11th, 2008

Amis voyageurs, peut-être connaissez vous cette sensation: vous arrivez sur un aéroport parisien en provenance d’un pays du tiers monde ou en guerre… et vous avez l’impression d’avoir fait un vol intérieur. Ca vous dit quelque chose? Toujours est-il que l’intuition que j’avais depuis longtemps vient d’être confirmée par la revue Foreign Policy: l’aéroport Charles de Gaulle y figure dans le classement des pires aéroports du monde, en cinquième position… juste après Bagdad. Retrouvez le classement complet sur le site de la revue.

David Puls (Source: Foreign Policy)
Paperblog

Dansons sous le pont…

December 6th, 2007

L’hebdomadaire Der Spiegel rend hommage cette semaine à un moyen de transport quasiment disparu mais qui fut très populaire au début du 20e siècle : le pont transbordeur. Nos concitoyens nés avant-guerre se souviennent peut-être de ces structures monumentales à Brest, Marseille, Nantes ou Rouen… actuellement, seul celui de Rochefort existe encore dans notre pays. Les ponts transbordeurs ont remplacé, en leur temps, les bacs et les ponts lorsque les marées ou la circulation maritime (en raison notamment de la hauteur sous tablier) ne permettaient pas ces solutions pour enjamber des cours d’eau, des estuaires ou des ports. Depuis, les grands voiliers se sont fait rares mais c’est surtout le trafic automobile qui a sonné le glas des ponts transbordeurs qui n’avaient pas une capacité suffisante. Pour en savoir plus sur ces monuments du génie civil, rendez vous sur Wikipedia

David Puls (Source : Der Spiegel)

Le côté obscur de la rue sésame

November 21st, 2007

Qui diable a bien pu avoir l’idée que des personnage souffrants de dépression, de boulimie ou de déficit d’attention pouvaient être des modèles pour les enfants ? C’est la question que se sont posés les éditeurs du DVD US de « 1 rue Sésame ». Qu’on en juge par cette scène où l’on voit dans une ruelle sombre de New York, un monstre bleu fouiller dans les poubelles et se shooter aux biscuits pur beurre. Cet épisode… et quelques autres, datant de 1969, ont été affibulés d’une mise en garde que ceux-ci «ne correspondaient plus aux besoins des enfants de nos jours». La productrice, Carol-Lynn Parente a avoué au New York Times que certains personnages maniaco-dépressifs tels qu’Oscar n’auraient sans doute plus leurs places aujourd’hui. Macaron le glouton n’a pu être sauvé in extremis qu’après que la production l’ait collé au régime en 2005. Les progressistes auront sans doute noté qu’Ernie et Bart ont beaucoup fait pour la reconnaissance des communautés de personnes du même sexe… d’ailleurs leurs créateurs ont été à l’origine de la série «Tinseltown» dans laquelle un cochon homosexuel et un taureau partagent la couche et le couvert.
Bref, si comme moi, vous avez aussi été fidèle à la rue sésame dans votre enfance, vous saurez maintenant que vous l’avez échappé belle… et à défaut, vous aurez une excuse. Ne manquez pas le très drôle article du New York Times sur cette affaire.

David Puls (Source: New York Times)

Premiers signes de division chez les militaires birmans.

October 10th, 2007

Un officiel birman sous couvert d’anonymat a admis certaines divisions concernant la répression des manifestations en Birmanie. Il semblerait que 5 officiers généraux soient actuellement détenus ainsi que 400 soldats de la division Sikai (proche de Mandalay) qui avaient refusé d’ouvrir le feu sur des moines. Ces soldats sont allé jusqu’à déposer les armes devant les moines en demandant pardon. Les identités des mutins ainsi que leur lieu de détention sont, pour l’instant, inconnus.

David Puls (Source : Jakarta Post)